

Rossoline ou Roseline de
Villeneuve, sur d'
Hélion de Villeneuve, naquit au château des Arcs, vers l'an 1263, et dut le
jour à Arnaud II, sire des Arcs et de Trans, et à Burgole, ou
Sibylle d'Uzès, de la maison de Sabran. De nombreux prodiges signalèrent, dit-on, sa naissance, et firent pressentir la future destinée de la fille d'un des plus illustres
barons provençaux qui entouraient le trône du dernier des Bérenger. Aussi, par un contraste non moins singulier qu'honorable our la religion, ce fut du sein de la cour chevaleresque et brillante des successeurs des rois d'
Aragon, comtes de
Provence, qu'on vit la jeune Roseline, annonçant dès l'âge le plus tendre sa vocation pour la retraite, les
bonnes uvres et la piété, se dérober aux séductions du monde, ensevelir sa beauté et ses
charmes dans le silence d'un cloître. Cousine
germaine de saint Elzéar de Sabran et de sainte Delphine de Signe,
dame de Puymichel, son
épouse, qu'elle précéda dans la carrière de la vie, et à qui sans doute elle servit d'exemple, Roseline reçut au milieu de sa famille une éducation toute chrétienne. Elle fut élevée jusqu'à l'âge de dix-sept
ans dans l'innocence la plus pure et dans une foi fervente, qui se manifestait sans cesse par un penchant irrésistible vers la retraite.
Combattus entre leur tendresse et leur piété, ses parents finirent cependant par ne plus s'opposer à une vocation qui semblait surnaturelle. Roseline entra, de leur aveu, dans le
monastère de la Celle-Roubaud, fondé par
Diane de Villeneuve, sa tante, et enrichi des bienfaits de sa maison. Ce couvent, soumis à la règle des Chartreux, et situé à deux
lieues de Draguignan, diocèse de Fréjus, prenait son nom d'un solitaire appelé Roubaud, qui y avait bâti une cellule peu d'années auparavant. Les chroniques et les légendes de Provence ne tarissent pas en éloges sur les exemples angéliques données par la novice religieuse, et surtout de cette inépuisable charité dont elle avait en quelque sorte contracté le besoin avant de quitter la demeure de ses aïeux. Dans l'intérêt de sa santé, son père se crut obligé de lui défendre de porter elle-même ses aumônes aux indigents. Suivant la tradition répétée d'âge en âge, le sire de Trans ayant rencontré sa fille un soir qu'elle allait distribuer du pain aux malheureux : « Roseline, lui dit-il, qu'avez-vous dans votre tablier ? Mon père, ce sont des
fleurs, » répondit la vierge, et elle lui montra en effet plusieurs touffes de
roses épanouies, et répandant un suave parfum. Emerveillé de ce miracle, le baron de Trans se prosterna aux genoux de sa fille ; et on croit que dès cette époque il ne s'opposa plus au désir qu'elle témoignait de prendre le voile.
Roseline fut nommée, en 1288, à l'âge de 25 ans, diaconesse du monastère de la Celle-Roubaud, et à la mort de sa tante, en 1310, Béson, général de l'ordre des Chartreux, l'éleva à la dignité de
prieure. Placée à la tête du
monastère, elle redoubla de zèle pour la religion, et édifia par sa conduite la
Provence entière. D'une
indulgence à toute épreuve envers les autres, elle était pour elle d'une rigueur qui la tenait continuellement dans le jeûne, les prières et les austérités. Elle se consacra spécialement à soigner les
pauvres malades, et l'on invoquait de toutes parts le secours de ses prières dans les grandes calamités. On attribua entre autres à son intercession l'extinction de l'hérésie des Albigeois et la délivrance de son
frère Hélion, prisonnier des infidèles.
Enfin, après une vie pleine de bonnes uvres, elle mourut le 17
janvier 1329. Elle était âgée de 66
ans. Afin de satisfaire aux vux des innombrables fidèles qui affluaient pour voir encore une fois Roseline, baiser ses mains, et invoquer sa protection, l'
inhumation de son
corps fut retardée de trente jours, sans qu'on y remarquât le moindre signe de
décomposition. Une foule de miracles éclatèrent durant cette époque, et continuèrent dans le cimetière claustral, lorsque les restes de la sainte y furent transférés. Cinq ans après, elle en fut retirée pour être ensevelie dans le tombeau de sa famille, érigé dans l'église du monastère. Son corps se retrouva alors tout entier et sans altération. Cette translation eut lieu le 11
juin 1336, en présence d'Elzéar de
Villeneuve, évêque de Digne, frère de Roseline. Dix ans plus tard, elle fut exhumée une seconde fois, et l'on admira encore la conservation surnaturelle de son
corps. Enfin, en 1360, Hugues d'
Arpajon, évêque de
Marseille, assista à une troisième translation de ces précieux restes, qu'on exposa à la vénération publique dans une châsse d'
argent. Ses yeux en furent séparés plus tard, et renfermés dans un reliquaire d'or. On rapporte que Louis XIV, parcourant la Provence en 1660, les trouva si bien conservés, qu'il voulut s'assurer de la réalité d'une chose aussi extraordinaire, et qu'il les fit piquer avec une aiguille par Valot, son médecin. L'ordre général des Chartreux avait reconnu le culte de la bienheureuse Roseline, qu'il regardait comme l'une de ses patronnes, et dont il faisait célébrer la fête le 16 octobre de chaque année. On l'observait le même
jour dans le diocèse de Fréjus, et le
bréviaire contenait la vie et l'histoire des
bonnes uvres de la sainte, dans l'ancien monastère, possédé pendant cent trente ans par les religieux de St-François, et dont il n'existe plus que l'église. Elle est située dans un endroit solitaire, entouré de collines boisées, et arrosé de sources limpides qui y entretiennent la verdure et la fraîcheur. Le souvenir de Roseline y attire encore beaucoup de fidèles qui viennent y célébrer sa fête le second jour de la Pentecôte.
(Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 43 - Page 472)